Un belle bordée de vert cette semaine, avalisant le fait que les marchés ne sont pas forcément le reflet immédiat de la vraie économie ! Mais ne boudons pas notre plaisir, ça permet de souffler un peu. Notez, d’un sens, qu’on préfèrerait les voir monter, ces marchés, pour les bonnes raisons. Mais nous rentrons dans le printemps, il commence à faire beau, et les marchés veulent croire qu’avec le déconfinement, tout va rentrer dans l’ordre et repartir comme avant.
 
Cet optimisme à tout crin nous laisse tout de même un peu perplexe, au vu de multiples sujets :
. on arrive au déconfinement sans savoir réellement où on va et comment on va y arriver. Voir les questions que pose le long discours d’Edouard Philippe hier à l’Assemblée Nationale française. Un déconfinement nécessairement très prudent pour éviter une 2
ème vague. On n’aura pas fini de déconfiner qu’on va rentrer dans l’automne avec ses risques de… grippes, et donc de 2ème vague
. quand on regarde, jour après jour et de manière plus importante avec le temps qui passe, les effets catastrophiques sur des pans entiers de l’économie. Les articles de journaux de ces derniers jours, au-delà de leurs titres accrocheurs, jeux de mots à la clef, ont tendance à se multiplier. Entre autre pour vous faire sourire, la liste ci-dessus a été relevée pour la seule journée d’hier :
-       Londres au chevet des hôtels InterContinental
-       Le grand crash de l’aéronautique
-       Les loueurs automobiles calent
-       La croisière reste à quai
-       Le pétrole broie du noir
-       Les commerces de bouche ont faim de reconnaissance
-       Buffalo Grill se remet aux fourneaux
-       Facebook zoome sur la visioconférence
 
 
Le pétrole est aussi grandement sous pression en ce moment. Nous ne sommes pas encore à l’échéance juin sur le WTI, loin de là. Il reste 3 semaines. Et pourtant le WTI cote 13 USD ce matin, après avoir baissé jusqu’à 10 USD hier. 2 explications nous sont livrées :
-       Les lieux de stockage sont pleins, en mer comme sur terre. Et qu’il va devenir très rapidement impossible de stocker du pétrole complémentaire, que plus personne ne consomme d’ailleurs.
-       Le marché dispose d’un ETF pour « jouer » le pétrole, ticker USO (pour information le marché du pétrole papier est 10 à 15 fois plus gros que le marché du trading physique). Un afflux de souscriptions a été constaté ces dernières semaines (pensez-vous, un baril à 10 USD !), doublant quasiment les encours du fonds (à près de 4 milliards de USD). Et arriva ce qui devait arriver, que nous abordions dans la lettre de la semaine dernière : USO, étant un véhicule d’investissement, ne va donc pas prendre le risque de recevoir des barils en physique, et a donc annoncé qu’ils avaient / étaient en train / allaient roller leurs positions de juin sur des positions plus lointaines, encaissant en plein la perte liée à l’effet Contango (
https://www.ig.com/fr-ch/marche-actualites-et-idees-de-trading/cours-du-wti---le-petrole-continue-de-seffondrer-ce-matin--empor-200428). On dit que USO aurait perdu quelque 1,2 milliard ces derniers jours… Et quand tout le marché est contraint de roller ces positions, un cercle vicieux se met en place et la panique fait le reste… : https://investir.lesechos.fr/marches/actualites/les-etfs-aussi-pointes-du-doigt-comme-responsables-des-prix-negatifs-sur-le-petrole-1905484.php. En attendant ledit ETF USO perd plus de 80% depuis le début de l’année, et 45% en 7 jours !
 
 
Quelques réflexions et informations pêle-mêle :
-       Plusieurs articles mentionnent que les finances de l’Etat français, en phase pré-crise, sont bien plus précaires qu’en 2008
-       On note la remontée du coût de financement pour les banques. Nous en parlions dans nos éditions précédentes, mais cela se confirme, entre hausse des coût de refinancement proprement dites, contraintes réglementaires, et effet d’aubaine aussi un peu probablement. Bon article des Echos de ce jour, qui pense que la situation devrait commencer à retourner à la normale plutôt en fin de 2
ème trimestre
-       Le chômage partiel et l’absence de cotisations sociales font perdre 1 milliard d’euros par semaine à l’Unedic. Par semaine…
-       Edouard Philippe a sifflé hier la fin des saisons 2019-2020 de football, rugby et hand-ball. Ca va coûter cher, très cher ,à l’économie du sport, et plein de questions pour la saison prochaine
 
 
En ce qui concerne la gestion, nous avions fait, dès le début de la baisse des marchés, un double pari :
-       alléger massivement les portefeuilles, en maintenant / achetant une partie d’or. 
A posteriori, nous constatons, d’une manière générale, que leurs pertes en ont été limitées, entre 5 et 10%, pour les portefeuilles sans restrictions / préférences particulières de gestion
-       anticipant une correction technique de remontée suite à la grande baisse, nous abstenir de revenir sur les marchés dans cette période, le market timing étant extrêmement difficile à évaluer, voire impossible dans ces périodes de très grande volatilité
Nous constatons aujourd’hui que même avec la remontée des marchés sur ces derniers jours, les performances des indices sont encore de -20 / -23% en Europe, et -15% pour le Dow Jones. Notre gestion a donc encore un peu d’alpha devant elle…
A l’évidence, au vu de ce qui nous attend macro-économiquement, les marchés ne pourront pas tenir ce rythme. Pensez que le Dow Jones, à sa clôture d’hier soir, est au même niveau qu’en juin… 2019, et le Nasdaq, peu ou prou, au niveau du 1
er janvier !
Nous posons dès lors une question bête : « la situation économique d’aujourd’hui, incluant les perspectives d’avenir, est-elle identique au point que les marchés valent la même chose ? »
Les marchés peuvent certes encore monter un peu. Ou pas. Nous choisissons de garder le cap : il est trop tard pour réinvestir pour jouer ce rebond, qui va finir par s’essouffler et laisser place à une 2
ème vague de baisse. Nous restons donc tactiquement à l’écart des marchés.

Références :

Indices Performances Points Marchés
Les Echos - Allemagne
Les Echos - Marché automobile