On arrive à cette rentrée 2019 un peu redoutée. Belle reprise sur les marchés actions, grosso modo, en cette fin de mois d’août, mais c’est maintenant là où les huns s’unirent, les athéniens s’atteignirent, et les perses se percèrent… Nous vous rappelons, au cas où l’été aurait tout effacé, les nombreux défis de cette rentrée :
- Etats-Unis - Chine : « je t’aime, moi non plus », « je veux pas négocier mais je veux bien quand même négocier tout seul dans mon coin », « je porte plainte à l’OMC », etc...
- Le Brexit : les choses se corsent, avec tout de même 3 « dénis de démocratie » imposés par le gouvernement depuis 2 semaines : la suspension temporaire du parlement, la menace d’exclusion des députés conservateurs qui ne voteraient pas comme le gouvernement, et menace par le gouvernement de ne pas appliquer un texte parlementaire qui repousserait la date du Brexit. En attendant, la livre sterling s’écroule contre USD, et est passée, ces derniers jours, de 1,24 à moins de 1,20, pour se reprendre un peu se matin avec la perte de la majorité au Parlement hier soir par BoJo. Le spectre de la parité commence à apparaître dans des articles ça et là
- Allemagne : un ralentissement bien plus marqué que prévu. Il semblerait qu’on ne parle plus de choc cyclique mais de choc structurel. Ca se corse
- L’Italie. Pour l‘instant, Salvini est considéré comme « s’étant tiré une balle dans le pied », mais ce n’est pas fini
- Des risques (géo-) politiques de partout : Hong-Kong, les missiles de la Corée du Nord, l’arraisonnement de pétroliers par l’Iran et les tensions au Moyen-Orient, le contrôle des changes de l’Argentine, Bolsonaro, les élections américaines de 2020 : vers des démocrates encore plus radicalement à gauche et un Trump prêt à tout et qui part dans tous les sens.


Ces défis vont donc inexorablement renforcer la volatilité sur les marchés. Les Banquiers Centraux ont fait passer des messages de politiques accommodantes voire ultra-accommodantes ; On s’est demandé pourquoi, début août, la FED avait baissé ses taux dans un contexte de croissance à 2%. Mais, historiquement, Volker et Greenspan l'avaient aussi expérimenté, en phase de ralentissement, pour redonner un stimuli. En tout état de cause, la FED est disposée à faire bien plus, si nécessaire, et elle a les moyens pour baisser ses taux, avec une grande marge de manoeuvre (taux à 2%). C’est le seul point qui fasse hurler Monsieur Trump, pour qui le USD est « au plus haut jamais vu » (n’exagérons rien, nous avons vu 0,7990 en 2001 !). Cela dit, la baisse de l’EUR contre USD est une chose, mais la baisse de la livre sterling peut aussi continuer à peser sur l’EUR/USD. Cf note sortie ce 3/9 par la Société Générale. et donc Monsieur Trump va encore râler.


En attendant, les actifs de repli en profitent un maximum :
- Malgré les déclarations de la Banque Nationale Suisse qui souhaite arrêter cette remontée inexorable, le CHF ne cesse de se renforcer, à 1,0830 contre EUR et 0,99 contre USD ;
- L’or, certes aussi porté par des vagues d’achats des Banques centrales, poursuit son ascension, actuellement entre 1530 et 1550 USD l’once (+20% depuis le 1er janvier 2019)
- Les taux de marché à long terme, enfin, s’écroulent. Nous nous sommes quittés fin juillet avec un 10 ans américain à 2,10%, aujourd’hui à 1,47%… Même amplitude sur les taux allemand et français, mais aussi sur les taux de l’Europe périphérique : le Portugal et l’Espagne à 10 ans sont tombés à 0%, et l’Italie conserve une prime de risque politique, à 0,90%
- Un point dont nous avions déjà parlé : l’inversion de la courbe des taux aux Etats-Unis, qui tétanise complètement les investisseurs (cf article et graphique joints) : ça y est, on y est : 1,49% sur le 2 ans, et 1,47% sur le 10 ans. Nous vous rappelons que sur les 40 dernières années, le mouvement s’est produit 5 fois aux Etats-Unis, et a été suivi dans les mois qui suivaient par une entrée en récession. A regarder de près, donc


Sur les marchés d’actifs :
- l’un des grands gagnants sur 2019 est… le marché obligataire et les SICAV / fonds obligataires. Paradoxalement, la baisse des taux s’étant accélérée, même en territoire négatif, entraine des performances importantes.
- Belle remontée, nous le disions en entame de cette lettre, des marchés actions, qui reprennent tous entre 2 et 4%, mais les opérateurs et investisseurs reprennent l’école en étant un peu déboussolés par ces marchés au plus haut sur tous les compartiments de jeu


La petite phrase de la semaine, trouvée dans les Echos, sur une idée dont nous parlons depuis un certain temps : puisqu’il n’y a plus d’inflation, probablement pour longtemps, que les taux sont à 0 voire négatifs, et que la croissance est molle, « n’est-il pas possible voire souhaitable de dépenser beaucoup plus d’argent public ? ». Finalement, oui : où est le sujet d'avoir un endettement sur PIB, comme le Japon, de 200 % ? Un jour, l’inflation effacera tout ça, voire on rincera le rentier, voire on fera une bonne faillite. Et encore, à leur corps défendant, les Banques Centrales ont été nommées ordonnateurs des finances publiques, et assurent & garantissent,
in fine, le financement des dettes d’état.


Le coup de canif : parlons des Banques confrontées à un vrai changement de business model. Un peu « la sidérurgie du XXIème siècle ». Imaginons un instant un enfant de 18 ans, passant son Bac, décrochant une mention « très bien », partant faire ses études en France, d’où la nécessité de l’ouverture d’un compte dans une banque, cette dernière offrant une prime de 250 euros pour la mention. Pas mal, non ?! Sauf que cet étudiant(e) démarre dans la vie, a un peu de mal à tenir un budget, et se retrouve souvent à -20, -50, -80 euros de découvert (hyper méga super grave), et se fait donc régulièrement facturer probablement 50 euros par passage en-dessous de 0 (voir les conditions générales SVP : lettre de découvert, commission d’intervention, frais minimaux, taux d’intérêt, régularisation d’écriture, etc...). Bon bref, un coût de 0,40% pour la banque pour 100 euros de découvert (donc au maximum 0,40 euros annuel si on pense que le compte est resté en permanence en découvert de 100 euros pendant un an), et un chiffre d’affaires annuel pour la banque de 250 / 300 euros, sans rien faire d’autre que de facturer des lettres qui disent « c’est pas bien ». « Une banque vous prête un parapluie quand il fait beau et vous le reprend quand il pleut »…


Indices performance pour points marchés

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