Les soldes ont lieu à une période étonnante cette année : "pour tout baril de 159 litres acheté, pour livraison immédiate dans votre baignoire ou votre jardin, un chèque de 40 USD est offert" !
Jamais les marchés pétroliers n'avaient vécu pareille situation, jamais les prix n'avaient atteint des niveaux négatifs depuis la création du marché des futures en 1982... Et cette tension est prête à se renouveler dans un mois avec les contrats à échéance juin, tant l'offre est abondante et que les capacités de stockage débordent.
 
Jusqu'à hier lundi soir, c'était une situation purement conjoncturelle, réservé au prix du pétrole pour livraison immédiate. Il faut se reporter aux prix dans le futur ("les futures") pour estimer ce que vaut réellement le pétrole. 
 
Cela appelle plusieurs réflexions :
- Trump avait dit la vérité : « L
'OPEP+, OPEP & Russie, voulait diminuer la production de 10 millions de baril-jour (MBJ), mais je leur ai dit 20 et il vont faire 20 ». Dans les faits, on est bien à 10 MBJ de réduction, et encore pour un accord qui démarre le 1er mai. D'ici-là, les baignoires et autres piscines peuvent continuer de déborder de pétrole !
- Le marché est durablement atteint : sur ce plan, l'alliance implicite Arabie Saoudite & Russie, qui a mis le feu aux poudres il y a 5 semaines, est en train de remporter son pari, en excluant les concurrents gênants, et notamment... les producteurs américains de pétrole de schiste. Trump a tout à perdre, voire peut tout perdre. Parce que ce n'est pas demain la veille que le pétrole va remonter, avec la litanie des chiffres macro-économiques sur l'activité qui est en train de complètement stopper, et qui mettra beaucoup de temps à repartir
- Enfin, si certains sont tentés de jouer le rebond du pétrole, nous recommandons de faire extrêmement attention à ce qu'on appelle "l'effet contango", pour faire simple le coût de report des couvertures des ETF sur le pétrole. Voir l’article du Financial Times joint sur l’ETF USO. Pour ceux qui veulent approfondir le sujet, voir les commentaires à la suite de cet article.
 
Là où cela devient plus problématique, à tel point que l’on commence à parler de « dislocation profonde du marché du pétrole » (cf ci-dessous), c'est que jusque-là, seule l'échéance de mai 2020 était impactée par ce phénomène liée à la surabondance de l'offre. Et encore sur le très très court terme, ie quelques jours / heures avant l’échéance mensuelle d’un future. Et seulement sur le WTI. Mais depuis hier :
-       c'est l'échéance de juin 2020, dans 30 jours, qui est touchée (on est à 10,66 USD ce matin)
-       mais aussi le Brent de la mer du Nord qui commence à être impacté (17,40)
-       Et même les échéances plus lointaines sont en train de dévisser : marqué sur juillet, un peu moins sur les 3 mois suivants, mais tout de même…
 
Pour essayer de résumer : les capacités de stockage sont saturées, il y a bien un moment où il va falloir arrêter de pomper, puisqu’on ne sait plus où le mettre. D’ailleurs, une des statistiques attendues ce mercredi concerne le niveau hebdomadaire des stocks pétroliers. A suivre.
 
Lire aussi à ce sujet l’article du FT, 
https://www.ft.com/content/88997d67-bf69-409e-8155-911fc1f2fd6f (“What negative US oil prices mean for the industry (free to read) – The crash of the WTI crude is a nasty sign of a deeply dislocated market”). 
 
 
Hors pétrole, les marchés ont un peu corrigé sur les 7 jours passés, de l’ordre de 3 à 4%. Toujours des variations erratiques en fonction des nouvelles et annonces.
Pas de mouvement majeur sur les devises fortes. Malgré un léger reflux, l’or reste recherché et se maintient autour de 1700 USD l’once (voir article des Echos, en pièce jointe).
 
 
Sur le plan macro-économique, chaque jour apporte son lot de chiffres et de sujets de préoccupation :
-       la plupart des devises émergentes dévissent contre USD, parfois jusqu'à - 35% (rand, réal, rouble, peso, etc..)
-       au sein de chaque zone géographique, des craintes se font jour sur certains mastodontes : "l'Italie, le maillon faible de l'Europe", et le Mexique et surtout le Brésil pour les Amériques
-       à suivre de près : le marché immobilier aux Etats-Unis, confronté au risque de défaut de paiement (cf article joint)
-       le PIB espagnol pourrait chuter de plus de 12%
-       En parallèle, un concours Lépine, et pas seulement en France, se met en place pour les taxations post-crise à instaurer, pour essayer de rembourser : on parle « réinstauration de l’ISF », taxe exceptionnelle sur les grands groupes, scénarii et hypothèses de remboursement des dettes créées, etc…
 
 
D'un point de vue marché, il nous semble toujours extrêmement risqué, en ce moment, de prendre quelque biais que ce soit, géographique, sectoriel, ou par type de gestion, Value ou Growth. Nous rappelons que l'indice VIX, même s'il a reflué des plus hauts, est toujours autour de 40, et les a même redépassés depuis hier.
Nous maintenons donc notre approche tactique, cash et or, et recours à des trackers sur indice si besoin. Il nous semble encore trop tôt pour remettre un pied dans les marchés.

Références :

Indices Performances points marchés
Les Echos - Or
Les Echos - Immobilier américain
USO ETF