En fait, non, ce n’est probablement pas encore la chute finale, la capitulation. Premier mouvement de très forte baisse, inédit par son amplitude (-20 / -25%) et sa rapidité (12 jours de bourse) ; les marchés vont se reprendre, au moins en correction technique, car autant les arbres ne montent pas au ciel, autant les bourses ne perdent pas 100%. Mais attention : dans moins d’un mois va s’ouvrir le bal des annonces de résultats pour T1 2020. Et de déceptions en profit warnings, cela promet d’être agité. D’autant que parallèlement, les statistiques économiques vont commencer à s’égrener, montrant un coup d’arrêt à la croissance : récession en Europe, au mieux stagnation au Etats-Unis, et grosse rechute au Japon.

Mais à nos yeux, l’essentiel n’est pas forcément là dans les futures semaines / mois qui nous attendent. En début d’année, les marchés montaient, l’or montait, la FED avait commencé à baisser ses taux, la croissance américaine continuait à augmenter, le chômage refluait, tout allait pour le mieux dans le monde, ou tout du moins dans le monde trumpien. Et tout d’un coup, Covid a frappé et déstabilisé, aidé de la guerre du pétrole, 2 jolis cygnes noirs pour les marchés : croissance en berne, marchés à la cave, et, pour couronner le tout, un retour en très grand force, chez les démocrates, de Sleepy Joe Bidden, qui a encore remporté, hier soir, au moins 4 des 6 Etats du « mini super Tuesday », et qui lance une dynamique dans laquelle même Bernie Sanders se pose, ce matin, la question de la poursuite de sa campagne.
Alors nous posons une autre question : sommes-nous absolument sûr que Donald Trump va se faire réélire ? A la limite ce n’est pas le sujet, mais ce qui importe vraiment c’est le bazar et la volatilité que ça risque de mettre sur les marchés d’ici novembre. Et Trump a bien compris le sujet, que des marchés en forte baisse le desservent pour sa campagne de réélection ; il n’est qu’à lire le discours sanglant qu’il a fait hier : on aurait pu penser qu’une des motivations de Jay Powell, président de la FED, était d’avoir voulu rattraper le coup en baissant les taux directeurs de 50 points la semaine dernière, mais la volée de bois vert d’hier résume l’état d’esprit de Trump - Voir
article joint, « Coronavirus / Trump […] ».

Nous réitérons l’idée qu’on n’a encore rien vu en terme de statistiques, tout est à l’arrêt et cet arrêt perdure. Nous vous mettons en PJ le lien d’une chronique de François Lenglet, sur RTL, jeudi dernier. Il faisait une liste de toutes les annonces de la veille en terme d’arrêt de l’économie et des mesures annoncées. Il est sûr qu’il va se passer du temps avant que ça redémarre… Lien du podcast :
https://podcasts.apple.com/fr/podcast/coronavirus-quelles-sont-les-cons%C3%A9quences-%C3%A9conomiques/id694058201?i=1000467514436 .
Une lueur d’espoir : la contamination semble refluer en masse en Chine, et les autorités se posent la question de redonner progressivement le feu vert pour rouvrir les usines. Alors soit cela va refluer chez nous, soit ils sont plus résistants que nous ! En attendant, même s’ils recommencent à produire petit à petit, ni nous ni les américains n’achetons. Ou alors ça repart un tout petit peu, il n’y a qu’à voir l’indice « Baltique Exchange Dry Index », qui a perdu près de 80% en 5 mois… Voir
graphique joint, et, pour la définition précise de cet indice, https://www.glossaire-international.com/pages/tous-les-termes/indice-baltic-dry-baltic-dry-index.html.


La seule manière d’en sortir, à moyen/long terme, ne sera probablement pas une réponse monétaire : on a vu l’impact de la baisse de la baisse, qui d’ores et déjà est obligée de faire au moins 50 points de base de baisse le 18 mars prochain, et encore 50 derrière ! Bruno Lemaire a bien vu le sujet, c’est une politique de grands travaux, d’infrastructures, et d’investissements qu’il faut faire. Remarquez, ça arrange la France, on va officiellement pouvoir sortir des clous budgétaires et justifier plein de dépassements et de non-respect des engagements !

L’or qui baisse dans un contexte de recherche de valeurs refuges ? On a eu un début d’explication : la baisse des marchés est tellement violente, que des appels de marge ont lieu pour reconstituer les nantissements, et donc la seule manière d’avoir de l’argent, c’est de vendre de l’or. D’où la non-linéarité de la montée de l’or dans ce monde adverse.
Dans la série « valeurs refuges », les taux américains se sont littéralement écroulés sur une semaine, sur des niveaux jamais vus, aidés aussi, il est vrai par l’attraction vers le bas de la baisse des taux de la FED : 0,45% pour la 2 ans (contre 1,63% en début d’année !), et 0,69% à 10 ans (contre 1,88%). On ne parle même pas de la 10 ans allemande, qui à fait un plongeon sur les -0,80% de rendement !


D’un point de vue marchés, plus généralement, « quand ça veut pas, ça veut pas ». Et quand on voit lundi les marchés perdre 8,39% (sur le CAC40), commencer hier, mardi, par regagner 4% pour clôturer à -1,50%, on se dit, hormis l’extrême volatilité les amplitudes énormes intraday, que la baisse n’est probablement pas finie. De toute façon, comme nous le mentionnait l’un d’entre vous, ça ne se calmera pas tant que le VIX / indice de la peur restera aussi élevé. Il est néanmoins intéressant de constater, dans notre
tableau des performances hebdomadaires, que les marchés européens, en moyenne et hors Suisse, ont 3 fois plus corrigé que le Nasdaq, et 50% de plus que les S&P500 et DowJones ou que les marchés asiatiques. Le Shanghai Composite est même tout proche de l’équilibre depuis le début de l’année.


D’un point de vue gestion, nous vous en avions parlé, hors des restrictions ou préférences de gestion, nous avions couvert une bonne partie des positions actions, ce qui limite des pertes dans les portefeuilles, entre -2 et -5% dans la plupart des cas, depuis le début de l’année. Les portefeuilles continueront certainement à baisser, parce que tous les compartiments du jeu sont touchés : l’or en baisse (cf ci-dessus), le USD en forte baisse, H2o Multibonds en forte baisse, les fonds ballast / patrimoniaux qui accusent aussi un tout petit peu le coup, certes dans des proportions bien moindres. C’est ce qui explique ces performances négatives. Et combien même nous resterions en cash, nous serions pénalisés des -0,50% d’intérêts créditeurs négatifs.
Nous estimons qu’il ne faut pas jeter le bébé avec l‘eau du bain : il est inutile de tout vendre, parce que se posera la question du market timing du rachat, toujours délicate.